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Le quotidien: 2 euros et 50 cents de trop
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2 euros et 50 cents de trop

La Patientenvertriedung veut l'abolition de la nouvelle taxe de policlinique. Le ministre est prêt à discuter.

La décision remonte à la dernière réunion budgétaire du comité directeur de la Caisse nationale de santé : afin de rétablir l'équilibre financier de la CNS, il avait été convenu qu'une taxe de 2,5 euros devrait être perçue à chaque passage d'un patient en policlinique. La disposition est en vigueur depuis le 1er janvier 2011. Et soulève de nombreuses questions.

De notre journaliste Christiane Kleer

À première vue, payer deux euros et cinquante cents de participation pour un traitement en policlinique ne semble pas cher. Surtout quand il s'agit de sauver l'équilibre budgétaire de la Caisse nationale de santé. Mais, forcément, ceux qui n'ont pas la chance d'être en bonne santé, ont une vision différente des choses. Depuis le 1er janvier, de nombreux patients, à commencer par ceux qui souffrent d'une maladie chronique, ont appris avec douleur à quelle vitesse cette somme, apparemment anodine, peut se multiplier. L'association représentative des patients, la Patientevertriedung, a récolté les plaintes des concernés. Et hier, son président, René Pizzaferri, a envoyé une lettre salée au ministre de la Santé, Mars Di Bartolomeo, ainsi qu'au président de la Caisse nationale de santé, Jean-Marie Feider.

L'objet, demander l'abolition de cette taxe qui, selon la Patientevertriedung, n'a pas raison d'être. «Cette réglementation pèse surtout sur les patients moins bien lotis et nécessitant de nombreux traitements en policlinique», note Michèle Wennmacher, porte-parole de la Patientevertriedung. Dans sa lettre, l'association relate un de ces cas jugés inacceptables. Il s'agit d'une personne qui, suite à un abcès, a dû se rendre en policlinique six fois par semaine pour faire changer un pansement. Et ce pendant trois près d'un mois. À chaque passage, les 2,5 euros étaient dus et, avec le temps, la somme a atteint des sommets. Mais ce ne sont pas seulement les patients les plus gravement touchés qui s'étonnent. «Nous avons également eu des réclamations de patients qui se plaignent tout simplement du principe», poursuit Michèle Wennmacher. S'y ajoutent des développements curieux dans les hôpitaux.

Des traitements délocalisés


Selon la Patientevetriedung, plusieurs établissements auraient «transféré différents services en policlinique alors qu'ils étaient jusqu'à présent de "simples" services de consultation ou autres». Une délocalisation intentionnelle des traitements? «C'est une supposition, mais nous partons du principe que cela pourrait être le cas», constate Michèle Wennmacher de la Patientevertriedung. Enfin, dans certains hôpitaux, la disposition aurait donné lieu à des solutions très pragmatiques. «Au centre hospitalier de Luxembourg, ils ont même mis en place des carnets de consultations en policlinique. Il ne manque plus que les points de fidélité», ironise Michèle Wennmacher. Son association souligne que la taxe limiterait l'accès de certains aux soins de santé. Et ce sans raison valable, étant donné que l'excédent cumulé de la CNS s'élève à 24,6 millions d'euros pour l'année en cours.

Contacté par le Quotidien, hier après-midi, le ministre de la Santé, Mars Di Bartolomeo, a annoncé que le sujet de la taxe de policlinique serait abordé lors de la réunion du comité directeur de la CNS (composé de représentants du ministère, du patronat et des syndicats) en automne. À cette occasion l'évolution de la disposition devrait être analysée en profondeur. «Tout est envisageable. Si l'évaluation révèle que la participation forfaitaire n'a pas atteint son objectif, il faudra discuter des adaptations, ou même d'une abolition avec tous les partenaires sociaux. Mais ce n'est pas à moi de la supprimer unilatéralement», a noté le ministre, hier. La Patientevertriedung n'acceptera pas de compromis. Selon elle, la taxe de policlinique appartient au passé.


Source Le Quotidien 11.08.2011
URL: http://www.lequotidien.lu/politique-et-societe/26205.html