
Plafonner l'index coûterait che à votre santé
par Laurence BervardLe plafonnement de l’index est-il un moyen pour limiter les hauts salaires ou une mesure injuste pour chacun d’entre nous?
«Les gens s’enthousiasment pour l’index "plafonné" parce qu’ils ont en tête l’image d’un cadre supérieur au gros salaire qui roule en Porsche», avait indiqué l’OGBL, dans un communiqué envoyé suite à l’annonce de Jean-Claude Juncker de vouloir plafonner l’index. Mais ne vous méprenez pas, cela pourrait vous concerner aussi… Un plafonnement de l’index pourrait vous amener à payer plus cher votre médecin.
Car si le salaire n’augmente pas, les cotisations non plus. La caisse de maladie aura donc moins d’argent pour rembourser les prestations. Problème: les frais médicaux sont actuellement indexés et continueront donc à augmenter. En clair, vous débourserez plus en allant chez le médecin. Selon les calculs, il devrait manquer entre 11,3 et 23,42 millions d’euros par an dans les caisses de la Sécurité sociale (selon un plafonnement à deux ou trois fois le salaire social minimum). Ces chiffres ont été avancés jeudi par Mars Di Bartolomeo, ministre de la Sécurité sociale (LSAP), en réponse à une question parlementaire de Gast Gibéryen (ADR).
Les malades iraient-ils moins chez le médecin?
«Le patient ne comprendra pas que le prix des consultations médicales continue à augmenter alors qu’il ne sera pas remboursé plus qu’avant», indique Steve Ehmann, de la Patiente Vertriedung, association qui représente les patients. Pourtant, le coût réel de la hausse n’a pas encore été évalué. Actuellement, un médecin généraliste facture en principe 37,70 euros la consultation desquels 30,16 euros sont remboursés. Dans l’hypothèse d’une tranche indiciaire annuelle de 2,5%, le prix d’une consultation s’élèverait donc à 40,60 euros en 2015 et à 42,65 euros en 2017, alors que le remboursement stagnerait... «Faute de moyens suffisants, un montant fixe,non-ajusté en fonction de l'index, sera vraisemblablement remboursé aux patients. Ce montant ne s'établirait donc plus à partir d'un pourcentage du prix de la consultation médicalem coéée cela est actuellement le cas», précise M.Ehmann.
«Dans tous les cas, la baisse des recettes des cotisations sociales ne se répercutera pas en totalité sur le porte-monnaie des patients», garantit Mars Di Bartolomeo, sans donner plus de précisions. En effet, le ministre LSAP est lui-même opposé au plafonnement de l’index qu’il considère inéquitable. Un avis que partage Steve Ehmann, qui met en avant le risque d’une médecine à deux niveaux: «Il est envisageable que moins de personnes recourent à des soins, alors qu’elles en auraient besoin. Cela toucherait plus les classes moyennes voire les plus modestes. Les classes aisées sont plus susceptibles de recourir à une assurance complémentaire».
Désindexer les consultations médicales ou augmenter les cotisations
Pourtant, il existe certaines mesures pour ne pas faire subir ce déséquilibre aux patients. Telle la désindexation des prestations médicales dont le coût n’augmenterait pas. Mais elle s’annonce difficile. Selon le ministère de la Sécurité sociale, il faudrait calculer le coût moyen de chaque acte médical dans chaque spécialité avant de pouvoir établir un plafond. De plus, cette alternative pourrait avoir des répercussions sur la qualité des soins, et peut-être sur les effectifs, avertit la Patiente Vertriedung.
Une autre option pour maintenir le niveau des remboursements serait d’augmenter les cotisations sociales, une mesure plus égale puisque les patrons seraient eux aussi portés à contribution et que ce ne serait pas aux salariés de subir les conséquences d’une caisse moins pleine, selon M.Ehmann, mais «une telle option n’est pas encore sur la table», assure Mars Di Bartolomeo. Le plafonnement de l’index pourrait entrer en vigueur à partir de 2015, soit après les élections.
Source: L'essentiel Online
Date: 03.05.2013